CRLL - Centre régional des lettre et du livre
Jean-François Zimmermann

Biographie
Bibliographie
Extraits

Contact : j-f.zimmermann orange.fr
Site internet : www.jfzimmermann.com


Biographie

Jean-François Zimmermann fait ses études à Lannion, dans les Côtes-d’Armor. Celles-ci sont brutalement interrompues par la disparition de son père. Il travaille durant une année dans une agence de presse parisienne, effectue son service militaire, puis retourne en Bretagne où il exerce le métier de conseil en vins, tout en ayant en parallèle une activité littéraire concrétisée par une collaboration avec le quotidien Ouest-France en tant que correspondant de presse et des prix à des concours de nouvelles. Parisien par son père, nordiste par sa mère qui était originaire de Noyelles-sous-Lens, breton d’adoption, Jean-François Zimmermann a rejoint récemment la terre de ses ancêtres, à Marcq en Baroeul, où il se consacre désormais entièrement à l’écriture et participe à la vie culturelle et artistique de la région en animant des débats traitant du XVIIème siècle dans les bibliothèques, les salons du Livre et les Cafés littéraires.
Il s’est spécialisé dans la rédaction de romans historiques.
Son premier ouvrage, L’apothicaire de la Rue de Grenelle, paru en 2011 aux Editions du Bord du Lot, est le premier volet d’un triptyque intitulé "Le crépuscule du Roi-Soleil". Il a obtenu le très convoité Prix des Ecrivains bretons.
Le deuxième tome, La Rivière d’or, est paru, toujours aux Editons du Bord du Lot, en 2013.
Le troisième tome, Libertas, a été publié chez Airvey Editions, en février 2015 à l’occasion du tricentenaire de la fin du règne du Roi-Soleil.
Entre temps, L’ombre de Dieu, paru chez Airvey Editions en 2013, constitue une infidélité au XVIIème siècle puisque l’action se situe à la fin du XIème siècle. Il a obtenu le Prix du roman des Arts et Lettres de France.

Bibliographie

Libertas, Airvey Editions, 2015
L’ombre de Dieu, Airvey Editions, 2013
La Rivière d’or, Bord du Lot, 2013
L’apothicaire de la rue de Grenelle, Bord du Lot, 2011

Extraits

L’apothicaire de la Rue de Grenelle Tous les murs, autant dans la boutique que dans le magasin, sont garnis d’étagères où sont rangés bocaux, pots de terre bleus et vaisseaux pharmaceutiques. André vient d’entrer dans l’officine. Il porte l’étui à clystère en bandoulière.

Je te présente André Charbonnet, mon assistant. Voici Abraham Bosse.
Abraham Bosse, le célèbre graveur de Sa Majesté ?
Lui-même, pour vous servir, fait-il en effectuant un léger salut de tête. Alexandre pose affectueusement sa main sur l’épaule d’André :

André revient d’une délicate mission : journée clystère. Comme tu le sais, les clystères sont très en usage à la Cour. Ces dames, qui tiennent à conserver le teint frais, n’hésitent pas à s’en faire administrer trois ou quatre par jour, qui à la fleur d’oranger, qui à l’angélique, qui à la bergamote, qui à la rose. André, la main armée de la seringue, se rend à l’appel de ces belles. Cela lui permet de parler à d’autres figures que des visages. Des figures joufflues. Et on nous paye jusqu’à un écu pour visiter ces nobles fondements qui rendent par le bas maintes fusées colorées. C’est ainsi que l’on purge nos patientes comme l’on purge leur bourse !
Mais tu es médecin, tu ne t’occupes pas de cette opération ?
J’en laisse la responsabilité à André qui, sans en avoir l’officielle licence, n’en est pas moins un apothicaire fort compétent, doublé d’un herboriste émérite. Il a tout loisir d’exprimer ce dernier talent en contrôlant le jardin des simples, confié à mon habile jardinier. Cette entreprise m’évite de recourir aux vendeurs de simples qui tiennent échoppe au Pilier des Halles, tous aussi filous les uns que les autres. André a rougi sous le compliment. Alexandre poursuit en s’adressant à lui :

Conte-nous par le menu la manière dont tu t’y prends pour mener à bien cette exploration du ponant de ces dames. La lippe gourmande et l’œil égrillard, André ne se fait pas prier.

Je recommande à la malade de quitter tout voile importun, de s’allonger et de s’incliner sur le côté droit, de fléchir la jambe en avant et de me présenter tout ce que je lui demanderai, sans honte ni fausse pudeur. Prudent dans mon approche, je suis un fin tacticien et n’attaque pas la place comme si je voulais la prendre d’assaut. Mais, comme un tirailleur adroit, je m’avance sans bruit, j’écarte ou j’abaisse les broussailles importunes et, dès que j’ai aperçu l’ennemi, j’ajuste et je tire, enfin, je veux dire, j’abaisse la pompe foulante, avec tendresse.
L’art est délicat, commente Abraham en contenant difficilement son rire.
Entre des mains maladroites, trop timides ou trop lentes, l’instrument peut se fourvoyer où on ne l’appelle pas. L’erreur d’appréciation est encore plus remarquable chez la femme que chez l’homme. La charge hydraulique peut s’échapper en des replis trompeurs et inonder en fusées humides tout le mobilier de la chambre.
La qualité du matériel a aussi son importance, surenchérit Alexandre.
Il n’y a pas que le piston et le siphon qui doivent être soignés dans leur forme et leur ajustement, il y a aussi la canule qui doit être sans aspérités afin de ne point offenser les feuillets dont Dame Nature, prévoyante, tapisse le seuil de la délicate entrée qui ne devrait être qu’une sortie. Abraham s’exclame en s’adressant à André :

Et tout ceci pour un écu ! Qu’il est aisé en utilisant le vocabulaire de votre profession d’accorder une rime facile au mot écu !
Pour poursuivre dans votre sens, j’ajouterai qu’un jaloux m’a dit un jour, en soulignant mon absence de licence : « vous êtes entré dans la fonction par la porte de derrière ».
Pas très aimable en vérité.
J’ai même entendu un jour : « voilà le limonadier des postérieurs qui nous fait boire à contresens, ce traître qui nous prend par derrière ».

La Rivière d’or

À la nuit faite, les tavernes éclaboussent de lumière les sombres pavés des quais le long desquels elles sont alignées, comme à la parade. Une rumeur de conversations bruyantes, de rires gras, de chants gaillards, de chaises renversées ou raclant le sol, de bruits de verres heurtés parvient aux oreilles du jeune homme. Il entre dans l’une d’elles, toujours la même, In de Gouden Gans. Il y a pris ses habitudes. Il aime échanger avec les gens de mer, peuple rude et austère, dans ces salles bruyantes et enfumées dont les portes, une fois franchies, assurent à tous d’être traités à égalité. Observateur, il distingue vite le Hollandais aux gestes lents et à l’ivresse brutale, du Français ou de l’Espagnol agité et hâbleur. Dans l’air alourdi par la chaleur, l’alcool et la fumée, traînent des histoires prodigieuses racontées par ces coureurs des mers. Aventures étonnantes, invraisemblables, parfois épiques, autres formes de chimères que celles auxquelles se livre Martin dans son laboratoire. Quoique incrédule de nature, il se laisse gagner par le merveilleux rendu par la magie du verbe de ces conteurs ébouriffés par le vent du large. Parmi eux se glissent de vrais corsaires, ces rudes marins aux appétits féroces qui se signent sitôt les jurons proférés. Ce sont tous de mauvais garçons, le poing et la lame faciles, trousseurs de filles, vivant sans compter les jours et sans en redouter le décompte. Ils flambent en une nuit leur part de prise d’une campagne avec autant d’ardeur que pour un abordage.

Ils racontent tout en majuscules, ponctuent leurs discours à coups de poing sur la table, s’apostrophent, sautent un chapitre, déclament dans le désordre, ajoutent à la confusion en s’esclaffant hors de propos et, la voix rauque et la gorge sèche, exigent à boire en tapant à coups répétés leur chopine contre le pot. Leurs affirmations redonnent courage à ceux qui l’avaient perdu et confortent les plus intrépides dans leur invulnérabilité.

Libertas

La mer efface le temps. Les vagues font le tour de la planète et tournent ainsi depuis l’origine du monde. Tantôt caressantes, tantôt brutales, tantôt câlines, tantôt sauvages, elles lèchent les flancs des navires, elles s’opposent à leur marche ou la prolongent, elles inondent leurs cales, elles les attirent vers ses abysses insondables, elles gonflent les corps des noyés qu’elle recrache sur le sable humide, les yeux vidés de leur substance, sacrifiés à son peuple sous-marin.
Pourquoi accordez-vous tant de crédit à cette carte et aux dires de ce jésuite. N’est-ce point là folie ?
La folie partagée par tous les hommes a un nom : l’espérance.
J’en connais qui, durant toute leur vie, ont chevauché des fumées et édifié des châteaux de cartes. À leur crépuscule, ils se sont retrouvés seuls.
Chacun d’entre nous est seul, muré dans sa prison. Insensé est celui qui meurt sans en avoir au moins fait le tour. Quant à cette carte et aux documents qui l’accompagnent, elle a des accents criants de vérité. Ne me demandez pas sur quelles réflexions je fonde mes certitudes car je serais bien incapable de les étayer d’arguments irréfutables. Et puis, vous-même Martin, pourquoi me faites-vous confiance ? Pourquoi me suivez-vous dans cette entreprise ?
Peut-être parce que j’ai besoin de croire en quelque chose.

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Rédigé le 11 April 2011 par Le CRLL, actualisé le 11 February 2015

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