CRLL - Centre régional des lettre et du livre
Patrick Varetz se livre pour Libfly

Patrick Varetz est né en 1958 à Marles-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, où il a passé sa première nuit dans un carton à chaussures (pointure quarante-et-un). Il vit et travaille à Lille, dans le Nord, à quelque cinquante kilomètres de là. Il écrit de la poésie et des romans, publiés chez POL. Parmi toutes ses lectures, il choisit de raconter celles de Plexus d’Henry Miller, de la bible traduite par Chouraqui et de La Montagne magique de Thomas Mann.

« Il serait illusoire de penser que les livres impactent votre vie dans l’instant. Souvent les mots finissent par s’imposer, par éclater après maturation, comme à retardement — soit que l’effet escompté ait traîné à se produire, soit que l’on ait repoussé de soi-même le moment d’entamer sa lecture — parfois pendant plusieurs années, ou plusieurs décennies.

En 1976, je découvre Plexus de Henry Miller, dans l’édition du Livre de Poche : un épais volume vert, arborant au centre de sa couverture le portrait de l’auteur en noir et blanc. Je comprends mal, alors, ce que je tiens entre les mains. Ce n’est pas un roman, au sens où ma culture scolaire le laisse entendre, car l’auteur — qui relate un épisode marquant de son existence — se perd en longues digressions sur la philosophie (Spengler), la littérature (Hamsun) ou la peinture (Van Gogh). Un soir, sur le sol de l’appartement d’un ami, en plein New-York, Miller déploie un gigantesque plan de Paris et — à quatre pattes — entreprend de conquérir le monde. Il rêve de tout quitter, pour rallier la France et devenir écrivain. Comme lui, mais à peine âgé de dix-sept ans, j’ambitionne aussitôt de tout saborder — à commencer par mes études — pour me consacrer moi aussi à l’écriture (emporté et contaminé par l’élan d’une vocation extraordinaire, je ne veux tout simplement pas voir le calvaire évoqué dans ce second tome de La Crucifixion en rose).

En 1995, alors que j’ai pratiquement renoncé à devenir écrivain, une amie me prête « La Bible Chouraqui », dans l’édition de poche parue chez Desclée de Brouwer, non sans m’avoir alerté sur les mérites hautement littéraires de cette traduction. Je ne lis pas le livre, et c’est à peine si j’en compare certains passages avec l’édition prélevée quelques années plus tôt dans la collection d’ouvrages abandonnée par ma mère dans un placard de ma chambre. J’oublie de rendre le « Chouraqui » à sa propriétaire, et il traîne pendant plus de treize ans dans ma bibliothèque, jusqu’à ce que je me décide à écrire une histoire basée sur le chaos de mes origines, mais construite selon le schéma d’une genèse à rebours (ce qui m’oblige à décortiquer et réinterpréter les premiers versets de la Tora).
Une fois le roman accepté par P.O.L, j’entreprends — mis en confiance — un travail poétique de longue haleine qui m’invite, avec régularité, à replonger le nez dans nombre de ces textes obscurs. J’y retrouve la force et l’étonnement de mes premières émotions, quand enfant je lisais sans comprendre la Bible de ma mère. Ce livre — La Bible Chouraqui — est devenu pour moi une source inépuisable d’énergie et d’imitation. Je n’y perçois volontairement aucun dogme, mais le travail incessant du Verbe à formuler l’inconnaissable.

En 1978, j’achète dans une vente aux enchères une valise remplie de livres, parmi lesquels se trouve La Montagne magique de Thomas Mann, dans l’édition en deux tomes du Livre de Poche de 1960. L’ouvrage patientera quelque vingt-cinq ans dans ma bibliothèque, sans que j’ose seulement le feuilleter — comme si certains sommets de la littérature devaient demeurer à mes yeux imprenables. Il faudra que je commence à écrire avec une réelle obstination, après le tournant du siècle, pour m’attaquer enfin à ce monument.
Dans cette histoire, un jeune allemand venu rendre visite pour trois semaines à son cousin tuberculeux demeure finalement sept ans au sanatorium de Davos (que je ne peux m’empêcher de considérer comme une transposition du royaume des morts). À vingt ans, qu’aurais-je compris à ce roman qui traite essentiellement de la question du temps ? Et quel profit en aurais-je retiré ?
Passé la quarantaine, La Montagne magique transforme durablement mon rapport au temps et à ses caprices. Je sais mieux alors les années qu’il faut pour devenir écrivain, le silence interminable qui précède l’accord d’un éditeur, et les longs mois encore à patienter avant de tenir entre ses mains son premier livre. Je perçois mieux, également, cette parenthèse qui s’ouvre à chaque fois que je me remets au travail, et dans laquelle ma propre existence m’apparaît en suspens. »

Propos recueillis par Libfly pour Vis mes Livres, à consulter ici.

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Rédigé le 30 June 2015 par Le CRLL
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