CRLL - Centre régional des lettre et du livre
Contes de Cambrinus, roi de la bière

Aubéron éditions publie l’intégrale des contes de Charles Deulin (1927-1877) sous le titre Contes de Cambrinus, roi de la bière. À propos de ces 30 contes, Jean Dauby écrira : " Ses contes partent de Condé, d’abord, du clocher bulbeux de Saint-Wasnon, du beffroi, de la rue de l’Escaut, de la Capelette, du Coq ou du Chêne-Raoult, ou de Macou. Ils passent par Fresnes, par Escautpont, Saint-Saulve, Valenciennes, le bois de Raismes ou le Caillou qui bique. Parfois, ils s’évadent vers des cités moins proches : c’est Cambrai, c’est Douai, c’est Mons, ou Tournai. On va jusqu’à Bruxelles, mais jamais vers le Sud, fût-il ce Paris où Deulin s’exila. Les héros de Grimm, ou d’Andersen, ou d’autres, se réincarnent ici en de légendaires personnages de notre région ainsi dotés d’une histoire toute neuve, mais n’ayant rien à voir avec leurs véritables origines ! C’est Martin et Martine, c’est Gayant, ou Cambrinus, c’est le Manneken-Pis, ou Jean du Gogué. Le roi, c’est celui des Pays-Bas, ou parfois un roitelet modeste du Pays-Bleu d’Autreppe, du Pays-Vert de Sebourg. La bière, bien sûr, coule à flots ; dans la fumée des pipes, dans les concerts de carillon. On y va de ducasse en kermesse avec les wiseux, ninoches, campénaires et d’autres garlousettes. On chole, on crosse, on tire à l’arc, on joue à la guiche ou au billon."

Extrait de Cambrinus, Roi de la bière

AU TEMPS JADIS, il y avait au village de Fresnes-sur-l’Escaut un garçon verrier nommé Cambrinus, selon d’autres Gambrinus, qui, avec sa figure rose et fraîche, sa barbe et ses cheveux dorés, était bien le plus joli gars qu’on pût voir.
Plus d’une demoiselle de verrier, en apportant le dîner de son père, agaçait de l’œil le beau Cambrinus ; mais lui n’avait d’yeux que pour Flandrine, la fille de son souffleur.
Flandrine était, de son côté, une superbe fille à la chevelure d’or, aux joues rouvelèmes – j’ai voulu dire vermeilles –, et jamais couple mieux assorti n’eût été bénit par M. le curé, s’il n’y avait eu entre eux une barrière infranchissable.
Cambrinus n’était point de race verrière et ne pouvait aspirer à la maîtrise. Il devait, sa vie durant, passer la bouteille ébauchée à son souffleur, sans jamais prétendre à l’honneur de l’achever lui-même.
Personne n’ignore, en effet, que les verriers sont tous gentilshommes de naissance et ne montrent qu’à leurs fils le noble métier de souffleur. Or, Flandrine était trop fière pour abaisser ses regards sur un simple grand garçon, comme on dit en langage de verrier.
Cela fit que le malheureux, consumé par un feu dix fois plus ardent que celui de son four, perdit ses fraîches couleurs et devint sec comme un héron.
N’y pouvant tenir davantage, un jour qu’il était seul avec Flandrine, il prit son courage à deux mains et lui déclara ses sentiments. L’orgueilleuse fille le reçut avec un tel dédain que, de désespoir, il planta là sa besogne et ne reparut plus à la verrerie.
Comme il aimait la musique, il acheta une viole pour charmer ses ennuis et essaya d’en jouer sans avoir jamais appris.
L’idée lui vint alors de se faire musicien. « Je deviendrai un grand artiste, se dit-il, et peut-être Flandrine voudra-t-elle de moi. Un bon musicien vaut bien un gentilhomme verrier. »
Il alla trouver un vieux chanoine de la collégiale de Condé, nommé Josquin, qui avait un génie merveilleux pour la musique. Il lui conta ses peines et le pria de lui enseigner son art. Josquin eut pitié de son chagrin et lui montra à jouer de la viole selon les règles.
Cambrinus fut bientôt en état de faire danser les jeunes filles sur le pré. Il était dix fois plus habile que les autres ménétriers ; mais, hélas ! nul n’est prophète en son pays.
Les gens de Fresnes ne voulaient point croire qu’un garçon verrier fût devenu en si peu de temps bon musicien, et c’est sous un feu roulant de quolibets que, par un beau dimanche, armé de sa viole, il monta sur son estrade, je veux dire sur son tonneau.
Bien que fort ému, il donna d’une main sûre les premiers coups d’archet. Peu à peu il s’anima et conduisit la danse avec une vigueur et un entrain qui firent taire les rieurs. Tout allait à merveille quand Flandrine parut.
(...)

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Rédigé le 21 novembre 2011 par Le CRLL
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