CRLL - Centre régional des lettre et du livre
Une vie romanesque, Pierre Herbart (1903-1974)

Romancier, essayiste et résistant, Pierre Herbart était un esprit libre. À lire et faire lire comme un remède au conformisme.

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Pierre Herbart

(c)André Bonin / Gallimard

Pierre Herbart, né à Dunkerque, y passa sa jeunesse. Alors que son grand-père présida la Chambre de commerce de la ville, son père devint un clochard alcoolique et fêtard qui apparaissait rarement au foyer conjugal. Celui-ci n’était d’ailleurs que le père légal de Pierre, le père biologique était sans doute un agent maritime danois. Herbart éprouva de l’admiration pour ses deux géniteurs et ne ressentit aucune honte de sa bâtardise.
À ce roman familial, s’ajoute un roman d’amour. Sur la plage de Malo, nouvelle Arcadie, Herbart vécut des idylles avec des garçons de son âge, dont l’un mourut prématurément et qu’il essaya de retrouver dans une cohorte de jeunes amants.
Herbart aurait pu figurer dans Portrait de l’aventurier de Roger Stéphane aux côtés de Lawrence, Malraux et Von Salomon, car il multiplia les engagements exotiques et parfois dangereux, en gardant son indépendance par rapport aux idéologies et aux mouvements politiques. Il voyagea en Indochine pour Monde, hebdomadaire de Barbusse, et dénonça dans Le Chancre du Niger (1939) l’exploitation coloniale ; il séjourna en URSS., où, alors communiste, il dirigea Littérature internationale et où il organisa le fameux voyage d’André Gide ; dans la Résistance, à la tête de la section bretonne du Mouvement de libération nationale, il participa à la libération de Rennes. Il raconte ces aventures romanesques dans La Ligne de force où il prend définitivement ses distances vis-à-vis de tout engagement. La vie de Pierre Herbart répond, enfin, aux critères du roman d’apprentissage par sa longue fréquentation de son aîné André Gide, qu’il rencontre pour la première fois en 1929 et qui l’introduit dans les milieux littéraires. Herbart se rapproche encore plus de l’écrivain prestigieux en épousant Élisabeth Van Rysselberghe, avec qui Gide avait eu une fille.
Ce compagnonnage prolongé n’empêcha pas Herbart de publier, en 1952, À la recherche d’André Gide, qui a peu à voir avec l’éloge funèbre de celui qui venait de mourir.

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Une littérature élégante
L’œuvre que publia Herbart de son vivant est peu abondante : quatre courts romans : Le Rôdeur (1931), Contre-ordre (1935), envoyé au pilon par son auteur qui n’en supportait plus l’idéologie stalinienne, Alcyon (1945), La Licorne (1964) ; des nouvelles : Histoires confidentielles (1970) ; des souvenirs à peine romancés : L’Âge d’or (1953), Souvenirs imaginaires (1968), ou fidèles à la réalité : La Ligne de force (1958) ; des essais que nous avons déjà cités et auxquels il faut ajouter En URSS 1936 (1937). Dans ces œuvres qui appartiennent à des genres littéraires différents, mais où roman et autobiographie, document et récit se mêlent, une unité règne qui plonge le lecteur dans un univers personnel et lui fait entendre une voix unique. Herbart s’intéresse aux marginaux : prostituées, déserteur vivant dans un milieu interlope (Le Rôdeur), gardien d’un bagne d’enfants et adolescents révoltés (Alcyon), famille incestueuse et solitaire visitée par un jeune homme fascinant (La Licorne), victimes du colonialisme, du totalitarisme et du capitalisme (articles et essais). Herbart ne présente pas, par contre, l’homosexualité comme marginale, mais comme évidente. Si, dans certains cas et certains lieux, plage de Malo (Souvenirs imaginaires) ou bords de la Mer Noire (En URSS 1936), elle peut faire revivre « l’âge d’or », plus souvent, fondée sur le sado-masochisme, elle prend des dimensions dramatiques ou elle devient tragique, quand la mort par maladie ou par accident sépare les amants. Pour évoquer ce choix de la marginalité et cette recherche souvent frustrante du plaisir, Herbart adopte un style concis, fait de phrases courtes, voire elliptiques, volontiers disloquées, parfois inachevées. Il arrive que cette élégante sécheresse laisse place au lyrisme, quand Herbart se souvient avec nostalgie des plages édéniques du Nord et d’instants privilégiés de sa vie.

Un déclassé
Herbart mourut hémiplégique à Grasse (où il s’était retiré) dans le plus grand anonymat : son corps fut d’abord jeté à la fosse commune. À la Libération, il avait écrit dans Terre des hommes, revue qu’il avait fondée, un article intitulé « On demande des déclassés » ; il y louait ceux qui échappaient à leur classe sociale, à leur nation. Herbart choisit d’être lui aussi un déclassé dans son rapport avec ses pères, dans son refus d’obéir à la ligne d’un parti ou d’une idéologie pour suivre une « ligne de force » personnelle, dans son homosexualité pleinement assumée, dans son irrespect des gloires littéraires, dans sa littérature désinvolte. Il le paya cher puisque son œuvre fut totalement oubliée avant d’être pleinement réhabilitée, en particulier dans la collection Le Promeneur, dont le nom lui va si bien.

Paul Renard

La bibliothèque municipale de Dunkerque exposera en vitrine les ouvrages de Pierre Herbart à l’occasion de la parution du numéro 5 d’Eulalie. Ces ouvrages sont tous disponibles en prêt à la bibliothèque du centre ville, 4 rue Benjamin Morel. Horaires d’ouverture : mardi et jeudi 9h30-12h et 13h-18h, mercredi 9h30-18h, vendredi 13h-18h et samedi 9h30-17h.
Philippe Berthier, Pierre Herbart. Morale et style de la désinvolture, Centre d’Études Gidiennes, 1998
Nord’, « Pierre Herbart », n° 37, juin 2001
Roman 20-50, « Pierre Herbart », hors série n° 3, 2006

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Rédigé le 16 November 2010 par Le CRLL
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