9 décembre 2017
« Saint-Omer et les Normands » Le commerce du livre entre Saint-Omer et Rouen à l’époque moderne XVIe-XVIIIe siècles)

Lieu : Bibliothèque d’agglomération du Pays de Saint-Omer

Une récente exposition tenue à la Bibliothèque d’agglomération du Pays de Saint-Omer, Le Livre imprimé au XVIe siècle (février-avril 2014), a révélé au public la riche collection de livres anciens des fonds audomarois. Un missel à l’usage de l’Eglise de la Morinie, édité à Rouen en 1517, constitue l’un des plus beaux exemples de livres liturgiques de la Renaissance, dont la mise en page héritée de la tradition manuscrite se perpétue grâce au nouvel art typographique. Au-delà de son intérêt esthétique, ce missel permet également de découvrir les liens économiques et culturels entre Saint-Omer et la capitale de la Normandie. Rouen, qui connaît son âge d’or au début du XVIe siècle (la ville est alors la deuxième ou troisième de France, rivalisant avec Lyon), est en effet un centre éditorial majeur. Le premier atelier d’imprimerie y a ouvert ses portes en 1485, et tout au long du XVIe siècle plusieurs dizaines d’éditeurs produisent 2 569 éditions (contre 25 000 à Paris et 15 000 à Lyon) et plus de 5 600 au XVIIe siècle (17 500 à Paris), loin devant toutes les autres villes de province. De son côté, Saint-Omer ne possède pas d’atelier d’imprimerie avant la toute fin du XVIe siècle, lorsque les Jésuites anglais installent les premières presses dans leur collège. Les libraires audomarois se fournissent pendant longtemps en Flandre, auprès des éditeurs de Douai, centre typographique considérable après 1563, et d’Anvers, où le célèbre Christophe Plantin est actif de 1555 à 1589. Ils font aussi appel aux éditeurs de Paris et de Rouen, ces derniers étant souvent les fournisseurs attitrés en ouvrages de liturgie et de dévotion catholiques en langue anglaise, qu’on devine importants à Saint-Omer. Le fonds patrimonial de la Bibliothèque d’agglomération contient une cinquantaine d’ouvrages édités à Rouen, essentiellement aux XVIe et XVIIe siècles. Jamais étudiés en tant que tels, ils peuvent pourtant nous renseigner sur les goûts et les usages des lettrés audomarois au début des Temps modernes, particulièrement nombreux au sein de l’influent clergé de la ville. Cette collection de livres imprimés illustre d’une certaine manière un tropisme normand bien antérieur à l’intégration de Saint-Omer dans le royaume de France (1677-1678), et qui devait se prolonger jusqu’au siècle des Lumières.

Sylvain Skora est docteur en histoire, professeur d’histoire-géographie dans le secondaire. Il a soutenu sa thèse à Dijon, en 2015, intitulée « La reconstruction de la Champagne méridionale après la guerre de Trente Ans (1635-1715) », sous la direction de Benoit Garnot. Il est l’un des commissaires d’une exposition sur la Renaissance qui sera inaugurée à Langres en mai 2018, et va bientôt intégrer l’équipe de recherche du Département d’histoire de l’UFR des Sciences Humaines de l’université de Rouen.

SAMEDI 09 DECEMBRE A 15H30, 40 rue Gambetta, 62500 Saint-OMer

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Rédigé le 9 décembre 2017, actualisé le