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Ingrid Naour

Biographie
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Extraits
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Biographie

Spécialité :
Roman, nouvelles
Récit

Description

Née le 30 janvier 1953 à Lens dans une famille ouvrière. Les corons seront durant ses vingt premières années son terrain d’apprentissage de la vie. Scolarité entravée en raison du contexte familial. Usine à quatorze ans dans une chocolaterie à Roubaix et Tourcoing. Y apprend la solidarité, les luttes. Départ ensuite pour Lille où elle fréquente le milieu étudiant et milite au MLAC. Vagabonde après en Normandie, en Bretagne avant de s’installer à Paris au début des années 80. Revient souvent dans le Pas-de-Calais dont elle a gardé la nostalgie.
L’écriture est pour elle le pendant de la conquête du vocabulaire. Collectionne les mots comme d’autres les résidences secondaires. Primée à l’école lors d’un concours de poésie au grand dam de sa famille, elle écrira en clandestine avant d’oser publier en 1982, Les Lèvres mortes, récit de son enfance. Ce livre, salué par la critique, connaît un certain succès. Il sera réédité quatre fois. Malgré ses autres romans et récits, sans oublier une pièce de théâtre, refus d’être considérée comme un écrivain, une professionnelle de l’écriture, afin de ne pas renier son passé d’ouvrière.

Projet :
Un nouveau roman

Auteur de chevet :
Pierre Drachline

Découvrir un livre :
L’île aux sarcasmes, Pierre Drachline

Bibliographie

- Le bar des menteurs, Le cherche midi, 2012
- Un fils dans la tête, Le cherche midi, 2006
- Drôle de zèbres, Le cherche midi, 2004
- Le Syndrome d’Atlas, Le cherche midi, 2002
- Les lèvres mortes, Le cherche midi, 2001 (1ère parution en 1982)

Extraits

Les lèvres mortes

J’ignorais ce que le mot « poésie » pouvait signifier. À la maison, les livres étaient proscrits. Sur la table, traînaient un quotidien du Nord, quelques romans-photos. La misère culturelle est une prison qui n’accepte que des volontaires et mes parents ne songèrent jamais à s’en évader.
En classe, je n’écoutais pas, et Mme Delpierre, la directrice de l’école, connaissant ma situation familiale, avait demandé à mon institutrice de me laisser en paix. Toutes deux savaient qu’à l’usine je n’aurais besoin que de ma force d’abrutissement. Je n’étais là qu’en transit : pour les allocations familiales. J’étais censée ne pas avoir d’avenir. L’avenir, une pointeuse des jours gris.
Alors, je m’évadais dans les mots que j’assemblais. Je jouais avec, je les caressais. Mes mots me promenaient. Ils étaient ma bouée de sauvetage. J’écrivais pour me construire un royaume interdit aux intrus. Un jour, mon institutrice me prit une feuille des mains. Depuis une heure, j’étais absente ; la poésie m’avait invité dans un de ces voyages dont seule elle a le secret. Elle corrigea l’orthographe fantaisiste de mon poème. Je prenais déjà des libertés avec le français. Je n’aimais pas faire marcher mes mots au pas. Elle me rendit ma feuille et me demanda si j’irais au concours de poésie organisé par la ville. Je lui répondis affirmativement et elle m’encouragea à y lire mon texte.
Toutes les écoles de la ville s’étaient donné rendez-vous dans une grande salle de cinéma où les parents et les autres enfants attendaient. Ma mère s’etait déplacée avec l’une de mes tantes. Spectacle navrant de ces enfants singes savants ânonnant un poème ou braillant une chanson populaire. Je lus mon poème « Soldats en guerre ». Une fois de plus, je m’étais mise, sans le savoir, à l’écart. J’avais célébré la mort le jour de la fête des mères. Ma mère prit mal la chose. Je n’étais pas comme tout le monde !
Lorsque l’animateur appela les gagnants du concours, je n’entendis pas mon nom. J’étais déjà repartie ailleurs avec mes mots grappillés au hasard de ma plume. Ma mère me réveilla d’un coup de coude ; je marchais dans l’allée avec beaucoup de mal. Je ne supportais pas les regards posés sur moi. Je me voulais transparente. Sous mes pas, le plancher s’esquivait. Je m’accrochais à mes mots pour ne pas faire naufrage. Depuis, je fais tout pour rester dans l’ombre.

Animations

Ateliers (d’écriture...)
Lectures
Rencontres avec des groupes d’enfants (scolaires…)
Salons

Rédigé le 22 May 2008 par Valérie Tronet, actualisé le 22 February 2012

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